
Restez avec Maayon : Perumal n'est pas une annexe de Krishna Un rappel aux Tamouls de Maurice, à l'entrée du mois de Purattasi
Restez avec Maayon : Perumal n'est pas une annexe de Krishna!!! Un rappel aux Tamouls de Maurice, à l'entrée du mois de Purattasi...
✎ Mauritius Tamil◷ 17 September 2026
Restez avec Maayon : Perumal n'est pas une annexe de Krishna
Un rappel aux Tamouls de Maurice, à l'entrée du mois de Purattasi Purattasi commence. Dans nos maisons, on va bientôt retrouver les samedis de jeûne et la cuisine sans viande. On allumera le maavilakku, la lampe de farine. Le tulsi reviendra sur l'autel, et dans bien des familles on préparera la puja de Govinden. On dira « Govinda ! Govinda ! » comme on le crie sur la colline de Tirupati. C'est le mois de Perumal. Il vaut la peine, cette année, de se souvenir de qui nous prions. Le nom que les Tamouls lui ont donné Avant les grands récits venus du Nord, les Tamouls avaient déjà un nom pour Vishnou : Maayon, le Sombre. Le Tolkappiyam, notre plus ancienne grammaire, distribue les dieux selon les paysages. À la terre mullai, celle des bois et des pâturages, il donne un seigneur : மாயோன் மேய காடுறை உலகமும், « le monde des forêts où demeure Maayon ». Soyons honnêtes avec nos propres textes : ce Maayon des pâturages est déjà un dieu pasteur. Les poèmes du Sangam le montrent parmi les bergères, dansant avec elles. Le berger n'est donc pas un étranger arrivé tardivement chez nous. Il est passé par la terre tamoule, et nos poètes l'ont chanté en tamoul. La question n'est donc pas « Krishna ou pas Krishna ». La question est celle de l'ordre : qui contient qui ?
Ce que la tradition tamoule a toujours tenu Les Azhwars ont tout chanté. Periyazhwar a bercé l'enfant d'Ayarpadi. Andal s'est faite bergère dans le Tiruppavai. Nammazhwar s'est consumé d'amour pour le Seigneur aux yeux de lotus. Mais ces mêmes Azhwars ont chanté avec la même ferveur le Seigneur couché sur le serpent à Srirangam, et Celui qui se tient debout sur le Venkatam. Ils ont chanté Celui qui mesura les mondes en trois pas et Celui qui remonta la Terre du fond des eaux. Pour eux, et après eux pour Ramanuja, l'ordre était clair. Narayana, Perumal, est le Seigneur suprême. Rama, Krishna, Narasimha et Varaha sont Ses descentes, libres et réelles. Il les accomplit sans cesser d'être Celui qui pénètre tout.
La formule védique que les Vaishnavas tamouls aiment citer le dit mieux que toute polémique : ajāyamāno bahudhā vijāyate. Il est « sans naissance, et pourtant Il naît de multiples façons ». Il n'est enfermé dans aucune biographie, pas même dans celle qu'Il a choisi de vivre. Krishna est en Perumal. Perumal n'est pas une province de Krishna.
Le glissement
Depuis quelques décennies, une autre lecture gagne du terrain chez nous. Elle est portée par des livres, des émissions, des chants et des organisations souvent sincères et généreuses. Elle vient d'une école née au Bengale au XVIᵉ siècle, respectable dans son propre cadre, pour laquelle Krishna est la source même de Vishnou. Dans ce cadre, Vrindavan devient le centre du monde spirituel, et Vaikuntha une sorte d’antichambre.
Ce n'est pas l'école de Srirangam. Ce n'est pas celle des Azhwars. Ce n'est pas celle qu'ont apportée à Maurice nos ancêtres venus de Tiruvannamalai, de Tanjore ou de Madras.
Le problème n'est pas qu'on chante Krishna. Le problème, c'est quand des phrases comme celles-ci s'installent sans qu'on les ait jamais examinées :
« Maayon, c'est juste un autre nom de Krishna. » « Govinda, ça veut dire seulement le vacher. » « Purattasi, au fond, c'est aussi une fête de Krishna. » « Si tu aimes Vishnou, tu dois reconnaître que Krishna est la source de tout. » Aucune de ces phrases n'est tamoule. Mises bout à bout, elles retournent l'ordre ancien : le grand nom est absorbé dans le récit plus étroit.
Ce que l'on perd
Quand Perumal devient seulement Krishna, plusieurs choses rétrécissent sans bruit. Le Seigneur qui pénètre les mondes devient d'abord un personnage avec une généalogie. Purattasi, le mois du Seigneur de Tirupati, devient une fête parmi d'autres dans un calendrier qui n'est pas le nôtre. La théologie des paysages tamouls, Maayon de la terre mullai, se réduit à une note de bas de page sur Gokula. Enfin, les Azhwars finissent lus comme des disciples tardifs d'une école qui leur est postérieure de huit siècles.
Et puis il y a une perte plus intime. Nos grands-mères disaient « Perumal » avec une familiarité tranquille, comme on parle de quelqu'un qui habite la maison. Ce mot-là mérite de rester vivant.
Quelques repères pour Purattasi
Nommez le Seigneur par ses noms tamouls. Quand vous parlez du Suprême, dites Perumal, Maayon, Narayana, Venkatesa, Ranganatha. Rendez à Govinda son sens entier. Pour nos commentateurs, c'est aussi Celui qui retrouva la Terre et les Védas. Le cri de Tirupati ne s'adresse pas qu'à un vacher. Gardez chaque fête à sa place. Gokulashtami appartient à la tradition tamoule et se fête avec joie. Mais Purattasi est Purattasi. Deux mois, deux célébrations, un même Seigneur : ne laissez pas l'une réécrire l’autre.
Retenez l'ordre. Krishna est Perumal descendu parmi nous. Ce n'est pas Perumal qui serait une forme de Krishna.
Un rappel, pas une querelle
Ce texte n'est pas écrit contre le voisin qui chante un bhajan à Krishna, ni contre les dévots d'autres écoles qui servent Dieu avec un cœur sincère. Il est écrit pour nous, pour que nous sachions ce que nous avons reçu avant de l'échanger sans y penser. Ce samedi, allumez la lampe de farine, posez une feuille de tulsi, et dites simplement : En tamoul : ஓம் நமோ நாராயணாய Translittération : Om Namo Naaraayanaaya En français : Hommage à Narayana, le refuge de tous les êtres. Maayon a suffi à nos ancêtres. Il suffit encore.
Koinda ! Koinda !
Published 17 September 2026 · www.mauritiustamil.com


